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  • Aude Gauchon

Le système d'attachement




Le système d'attachement c'est un lien affectif entre le bébé et ceux qui vont répondre à ses besoins, en termes de sécurité, de protection et de soin (on les appelle les cargivers), en général les parents, puis la nounou ou la puéricultrice de la crèche, les grands parents….

C'est un lien en même temps évident, instinctif, et révolutionnaire pour la compréhension du lien parent-enfant. C’est une théorie universelle, génétiquement programmée, et qui a pour but la « survie de l’espèce ».

L'attachement c'est mon fils, âgé de 12 mois, tranquillement en train de jouer dans le salon et qui panique quand un invité arrive, s’agrippe à ma jambe et demande avec insistance à venir dans mes bras. Une fois dans mes bras, il peut recommencer à sourire et faire coucou à cet inconnu. C'est aussi ma fille, 3 ans, qui s'égratigne le genou et qui court vers moi pour un câlin avant de pouvoir repartir jouer.

Ici je ne vous parlerai que de l'attachement de l'enfant avec son/ses "caregiver" mais ce système a aussi été décrit dans les relations adultes, en particulier chez les personnes âgées.

Et n’oublions pas que nous aussi, il n'y a pas si longtemps, nous étions aussi des enfants, ce qui complique évidemment la mise en place de ce système d’attachement puisque notre passé, celui de nos parents, de nos grands-parents, tout cela rentre en compte dans la création de notre lien avec notre bébé.




Comme disait John Bowlby, qui a initialement décrit le système d’attachement dans les années 60, « l’attachement est actif depuis le berceau jusqu’à la tombe ».

Il se met donc en place dès la naissance pour être réellement efficace vers les 9/12 mois : c’est cette « fameuse » période des angoisses de séparation, ou notre bébé pleure dès que l’on quitte la pièce, c’est la période du bébé « koala », tout le temps agrippé à nous, et celle du bébé qui nous suit partout, y compris dans les toilettes, tel un petit caneton avec sa maman…

En fait, ce système va s’activer en cas de situation de stress, que ce soit extérieur ou intérieur à l’enfant (maladie, dent qui sort…), ou si la figure d’attachement s’éloigne trop de bébé (quand la mère sort de la pièce et que son bébé se met à pleurer par exemple).

Dans ces 2 cas, le système d’attachement se déclenche de manière spontanée, instinctive, et ne peut être réguler par le bébé seul. Il va alors rechercher de la proximité, un contact physique avec sa figure d’attachement.

Plus tard, en grandissant, il aura besoin de moins pour « éteindre son alarme ». De la disponibilité « physique » initialement nécessaire auprès de sa figure d’attachement, l’enfant recherchera alors simplement sa présence, sa bienveillance.



Alors les figures d’attachement, qui sont-elles ?


Ce sont en général les parents ou substituts parentaux, puis cela s’élargit aux autres personnes prenant soin de l’enfant (grand parents, nourrice, puéricultrice de la crèche, une maîtresse…). Chaque figure d’attachement est spécifique, irremplaçable et non interchangeable.

En fait le bébé a toujours une figure d’attachement principale, c’est elle qui s’est majoritairement occupée de lui les premiers mois. Puis il a en quelques autres secondaires.

En revanche, l’attachement ne signifie pas affection. Être la figure d’attachement principale de bébé ne veut pas dire qu’il nous aime plus. Simplement, en cas de danger, ou toute situation reconnue comme telle par lui, c’est vers nous qu’il va se diriger pour rechercher de la sécurité.

Que faut-il pour être une figure d’attachement ?

Pour être une figure d’attachement de bébé, il faut déjà être présent. Alors la qualité des échanges est plus importante que la quantité, mais, dans les premiers mois de la vie, le temps passé avec bébé est important.

Il faut ensuite répondre de manière adaptée, cohérente et prévisible à ses demandes, en ayant une capacité de rectifier en cas d’erreur (car dans la moitié des cas, nous allons nous tromper dans notre interprétation, mais avec une marge raisonnable et en ayant la faculté de « corriger notre tir »)

Il faut également des séparations limitées dans la vie du petit enfant pour qu’il puisse construire des figures d’attachement fiables.

Comprendre le système d’attachement permet d’accepter ce besoin du bébé. Cela permet de comprendre qu’il n’est pas une volonté de notre enfant mais un besoin instinctif, qui lui permettra, si on y répond de manière adéquate, de se développer de manière sécure. Comme le dit le Dr Nicole Guédeney, « Le bébé tout seul ne peut pas réguler ses émotions négatives ».

Il est important que notre bébé se sente compris, et sente également que nous comprenons sa tristesse/colère/peur même si nous ne la partageons pas.

Nous pouvons ensuite proposer du réconfort à notre enfant., puis lui proposer des solutions pour l’apaiser, et en grandissant, il sera préférable de l’amener à en trouver par lui-même.




Alors à quoi cela sert l’attachement :



Bien sûr, la théorie de l’attachement sert à la protection et à la survie de l’espèce. D’ailleurs avant que Bowlby ne la rattache à l’Homme, elle avait été étudiée chez d’autres espèces animales, en autre chez les primates.


Il va permettre l’exploration et l’autonomie.

Le système d’attachement est en lien avec celui de l’exploration. Si « l’alarme » de bébé est allumée (c’est-à-dire si son système d’attachement est activé), il ne pourra pas être disponible pour explorer. Or, explorer est indispensable pour apprendre et comprendre son environnement ainsi que pour développer son autonomie.

En revanche, le fait d’avoir bien construit son attachement va permettre de pouvoir explorer l’environnement de façon sereine. Être bien attaché permet d’explorer plus loin, tout en se sachant « raccroché » et du coup en sachant que l’on peut retourner vers notre figure d’attachement si besoin. Le bébé alterne entre attachement et exploration.

Comme l’indique Nicole GUEDENET, « la vraie autonomie, c’est savoir ce que l’on peut faire tout seul. C’est aussi savoir quand on a besoin d’aide ».


Il est en lien avec la gestion des émotions

« Apprendre à apprivoiser la peur, la colère, la tristesse fait partie des fonctions de l’attachement » (Christine Genet et Estelle Wallon. Ça sert à quoi les parents)


Il permet de meilleurs apprentissages :

Un enfant qui a un système d’attachement sécure s’adaptera mieux à l’école. Il sera aussi plus disponible pour ses apprentissages, participera plus en classe et se montrera plus curieux.


Développer un système d’attachement sécure permettra à l’enfant plus tard de pouvoir reproduire un modèle similaire

Comme dit plus haut, le système d’attachement est transgénérationnel. « La sensibilité, la qualité de réponse et le soutien parental dépendent de ce que les parents ont comme idée de ce qu’est un enfant, et plus particulièrement de leur enfant, et des soins qu’ils estiment adaptés pour lui » (Christine Genet et Estelle Wallon Ça sert à quoi les parents ?)

Plusieurs types d’attachement ont été décrits :

A 12 mois, on retrouve 60% des enfants avec un attachement sécure, c’est-à-dire avec un équilibre des systèmes d’attachement et d’exploration. Ils sont capables de demander de l’aide si besoin et font preuve d’autonomie.

Avoir un attachement sécure est un facteur prédictif positif de bon développement émotionnel cognitif et social (confiance en soi, sentiment de compétence personnel, empathie et compétences sociales).

Parfois, l’environnement ne va pas répondre de manière adéquate ou de manière constante, et le bébé va alors devoir mettre en place des stratégies d’adaptation.

- Dans 20% des cas ont été décrits des attachement évitants : ce sont des enfants qui n’attirent l’attention des figures d’attachement que lorsqu’ils sont « gentils ». Du coup ils n’expriment que les émotions positives. A long terme, le risque de stress chronique est plus important.

- Dans 10% des cas on retrouve des systèmes d’attachement ambivalents résistants : ce sont des enfants qui ont eu des réponses adaptées mais pas toujours… Du coup pour avoir une réponse de sa figure d’attachement, le bébé va faire « le maximum de bruit », pour mieux attirer son attention.

- Reste 10% qui sont classés dans les désorganisés, qui correspondent en fait à ceux qui ne répondent pas aux autres types.


Le développement insécure n’est pas une maladie, c’est simplement un facteur de risque parmi d’autres (attitude parentale inefficace, tempérament, environnement difficile…) qui peut accroître le risque de psychopathologie. Mais cette théorie encore peu développée en France, commence à être étudiée dans le but d’améliorer la prise en charge de certains patients et semble trouver des débouchés thérapeutiques.


A l’inverse un développement sécure permet une meilleure régulation du stress, une meilleure régulation émotionnelle et un développement de l’empathie. Il permet un sentiment de protection et de sécurité, tremplin pour l’exploration, la gestion des conflits et des crises.





Les neurosciences viennent aujourd’hui corréler la théorie de l’attachement. On comprend mieux pourquoi il est nécessaire d’être disponible pour nos enfants dans les premiers mois de vie, pourquoi laisser pleurer un bébé n’a pas de sens et ne « va pas lui permettre de faire ses poumons ». On envie aussi un peu nos voisins nordiques qui ont un congé maternité d’un an ce qui va permettre de maximiser les chances pour un système d’attachement sécure.

Connaitre la théorie de l’attachement nous permet aussi peut être de changer notre façon de penser, d’anticiper ou de nous adapter en cas de situations difficiles (hospitalisations, maladie...) ou même courante (changement de mode de garde) afin d’accompagner au mieux nos enfants.





Pour approfondir le sujet :

- La vidéo du Dr Nicole Guédeney sur l’attachement https://www.youtube.com/watch?v=8RfVJdY2DFo

- Ça sert à quoi les parents ? de Christine Genet et Estelle Wallon

- Sous le signe du lien, une histoire naturelle de l’attachement, Boris Cyrulnick

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