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  • Aude Gauchon

Les intelligences multiples


« Nous sommes tous intelligents ». Pourtant si on demande dans une assemblée qui se trouve intelligent, on a bien du mal à voir des mains se lever...


Howard Gardner s’est bien rendu compte que juger l’intelligence des personnes uniquement au travers du QI était limité. Certaines personnes avec un QI normal pouvaient se révéler très douées dans certains domaines.


En 1983, il a donc proposé la théorie des intelligences multiples. Il a donc décrit un modèle avec 8 intelligences différentes. Oui, nous sommes tous intelligents, mais nous n’avons pas tous les mêmes formes d’intelligences développées.

Parler d’intelligence au singulier n’aurait donc pas de sens...




Qu’est-ce que le QI ?


Globalement quand on parle d’intelligence et surtout de mesure de l’intelligence, on pense immédiatement « au fameux QI ». Mais le QI permet-il vraiment de quantifié l’intelligence d’une personne ?

En fait, il s’intéresse aux intelligences linguistiques et logico-mathématiques. Il permet par des tests standardisés de donner une appréciation des capacités de la personne.

La première échelle d’intelligence a été proposée par Alfred Binet et Theodore Simon en 1905 et parlait « d’âge mental », puis plus tard William Stern a proposé un calcul du QI.

Mais les tests actuels se basent sur les échelles de l’allemand David Weschler datant de 1939 ou les résultats sont répartis sur une courbe de Gauss. La moyenne est établie à 100 avec un écart type de 15.


Répartition du QI dans la population générale représentée par une courbe de Gauss


Déjà il est très dépendant (encore plus pour les enfants) de l’état d’esprit au moment de la passation. Effectivement, si votre enfant est fatigué ou en colère, le résultat risque de ne pas être correct. De plus, le calcul du chiffre « QI » n’est pas toujours possible. Certains enfants sont très hétérogènes dans les différentes sphères étudiées (c’est-à-dire plus de 15 points d’écart entre les différents thèmes). Le calcul d’une moyenne n’a alors pas de sens et il vaut mieux dans ce cas-là ne pas rendre de résultat global mais plutôt des résultats dans chaque sous parties.


Cinq sous-parties ou indices sont décrits :

- Indice de Compréhension Verbale (ICV)

- Indice Visuospatial (IVS)

- Raisonnement Fluide (IRF)

- Indice de Mémoire de Travail (IMT)

- Indice de Vitesse de Traitement (IVT)


La passation doit se faire avec un psychologue ou neuropsychologue qualifié. Pour les enfants il existe différents tests en fonction de l’âge. Ils sont régulièrement réévalués pour palier à l’effet Flynn (phénomène d’augmentation lente et régulière du QI observé dans les pays industrialisés).


Les échelles de Weschler se déclinent en 3 formes en fonction de l’âge de la personne :

- Le WPPSI pour les enfants de 2 ans 6 mois à 7 ans 3 mois

- Le WISC pour les enfants de 6 ans à 16 ans 11 mois

- Le WAIS pour les jeunes de 16 ans et les adultes


Mais le QI peut-il à lui seul prédire la réussite scolaire d’un enfant ? Il est évident que non et que bien d’autres facteurs rentrent en compte. A mon sens, il apparaît plutôt comme un aide, afin de mieux cerner le fonctionnement de l’enfant. Mais il reste limité car ne prend pas en compte les autres types d’intelligences. De plus cela sous tends que l’intelligence est innée et n’évolue pas avec le temps. Ors les neurosciences ont bien mis en évidence la plasticité cérébrale, et on sait actuellement que nos apprentissages, nos expériences vont modifier notre cerveau et donc notre intelligence.




Les différents types d’intelligence selon Howard Gardner


Chacun dispose à la naissance de plusieurs types d’intelligence qui va se développer au fur et à mesure de la vie. Certaines vont se développer tôt, d’autre plus tard comme l’intelligence inter personnelle. Elles ne seront pas toutes au même niveau, et, en général, un type d’intelligence finalement sera dominante. Initialement, Howard Gardner a décrit 8 types d’intelligences.


- L’intelligence linguistique porte sur tout ce qui est verbal écrit ou oral. Ce sont des enfants qui savent exprimés clairement leurs pensées, qui aiment les mots.

A l’école, les apprentissages seront facilités par le langage écrit ou verbal. Sa mémoire sera facilitée par les mots et les phrases bien construites. Ils ont en général un vocabulaire étendu et une bonne mémoire.


- L’intelligence logico-mathématique est l’intelligence des chiffres, de la logique, de l’observation et de la résolution de problèmes.

A l’école votre enfant aura besoin de rechercher des liens logiques entre concepts et idées. Il aime formuler des hypothèses et a besoin d’exemple pour bien mémoriser. Ils sont à l’aise avec l’abstrait et les symboles, ils sont capables de faire des opérations complexes.


- L’intelligence musicale est présente chez les personnes sensibles à la musicalité des mots, au sens du rythme, aux modèles musicaux. Elles sont capables de penser en rythme et en mélodie.

A l’école, les sons et mélodies peuvent être utiles pour les apprentissages. Ils aiment la musique. Ils comprennent la structure et les schémas musicaux. Ce sont donc des auditifs purs.


- L’intelligence interpersonnelle permet d’agir et de réagir avec les autres de manière adaptée. Elle est en lien avec l’empathie, la coopération et la tolérance. Elle permet de mieux comprendre les autres et leurs intentions, de résoudre des problèmes relationnels entre les personnes.

A l’école, ces enfants apprennent mieux en lien avec les autres, c’est-à-dire en coopération. Ils nouent facilement des relations. Ils sont sensibles à la communication verbale mais aussi à celle non verbale.


- L’intelligence intrapersonnelle est en lien avec soi. Elle permet l’introspection, l’analyse de ses propres sentiments et propres pensées. Elle permet de mieux connaitre ses forces et ses limites, d’avoir une vision juste de soi-même.

Elle permet de tirer mieux profit de ses expériences personnelles et de moins dépendre de l’influence des autres. Elle permet donc une plus forte motivation intrinsèque.

A l’école ce sont des élèves qui ont besoin de réfléchir et de se concentrer, préférant ne pas être dérangé lors du travail. Ils aiment donc le travail individuel et sont capables de concentration. Ils aiment apprendre. Ce peut être également des élèves introvertis qui ont besoin d’être mis en confiance.


- L’intelligence visuo-spatiale elle celle de la représentation spatiale du monde et de l’esprit.

A l’école les enfants sont plus sensibles au visuel, aux images mentales. Voir des objets, des graphiques, des images permet de mieux mémoriser.


- L’intelligence kinesthésique est l’intelligence liée au corps, celle des exercices physiques, du sport mais également de la motricité fine.

A l’école, ce sont des élèves aimant bouger, qui apprennent mieux en manipulant les objets. Ce sont aussi les individus parlant avec leurs mains. Ils apprennent par le biais des sensations corporelles.


- L’intelligence naturaliste est celle des individus à l’aise dans la nature, qui savent reconnaitre les animaux, les insectes, les plantes ou les minéraux, mais aussi de ceux qui aiment classifier, ordonner. Elles aiment prendre soin des animaux, aiment cultiver un jardin, avoir un cahier d’observation pour y mettre leurs notes.

A l’école ce sont des élèves observateurs, qui sont sensibles à leur environnement et aux détails. Ils ont une perception sensorielle élevée.


Plus récemment, Howard Gardner et son équipe ont décrit un 9éme type d’intelligence qu’il appelle l’intelligence existentielle ou spirituelle. Elle correspondrait aux personnes plus enclines aux réflexions sur les questions existentielles ou à l’engagement communautaire mettant en avant les aspects spirituels des expériences vécues.


D’autres personnes se sont intéressées aux différentes intelligences entre autres Daniel Goleman, qui ne remets pas en cause le modèle de H. Gardner, mais propose-lui plutôt de regrouper les intelligences inter et intrapersonnelle dans ce qu’il nomme l’intelligence émotionnelle.




Peut-on développer ses intelligences ?


Pour Howard Gardner, nous avons bien sur un héritage génétique des différentes intelligences, mais il est aussi possible de les développer de part son environnement et ses expériences.


- Le contexte de vie : si l’enfant vit avec une grande fratrie ou au contraire est enfant unique

- L’accès aux ressources physiques ou humaines : l’accès aux bibliothèques, cours de dessin ou de piano...

- L’époque et la culture au moment ou l’enfant vient au monde.

- L’environnement immédiat ou l’on vit : vivre à la campagne ou en ville ne produira pas les mêmes stimulations.

- La volonté familiale


Le développement des différents types d’intelligences est donc un phénomène complexe, multifactoriel, dépendant de facteurs génétiques mais aussi environnementaux au sens large.




Quel est l’intérêt de la théorie des intelligences multiples ?


- Tout d’abord dans les apprentissages des enfants, à l’école.

Tenir compte du (des) types d’intelligence(s) prédominant d’un enfant va pouvoir l’aider dans ses apprentissages.

Un enfant ayant une intelligence inter personnelle déjà bien développée aura bien du mal à travailler seul par exemple.

Il parait surtout important de l’expliquer à l’enfant. Lui apprendre qu’il existe différent type d’intelligences lui permet aussi de mieux se connaitre, de ne pas se « sentir bête » si lui est moins doué avec les mots mais plus avec son corps. Cela lui apprend aussi la tolérance : « nous sommes tous différents, mais nous sommes également tous intelligents ». Une intelligence n’est pas meilleure qu’une autre. Il n’y a pas de niveau ou de graduation. Il est aussi valable d’avoir une intelligence kinesthésique élevée que linguistique. D’ailleurs à une certaine époque, être doué à la chasse permettait la survie de l’espèce. De même aujourd’hui quel jeune ne rêverait pas d’être le prochain Kylian Mbappé ?


Du coup, on peut se servir de cette théorie pour aider les enfants à apprendre : un enfant à l’intelligence musicale apprendra mieux ses règles de grammaires en chanson, celui à l’intelligence kinesthésique, en bougeant...


Certaines écoles ont déjà commencé à expliquer ceci aux enfants et à intégrer différents moyens d’apprentissages. Il est possible mais aussi souhaitable d’associer plusieurs moyens d’apprentissage. Car même si nous avons une intelligence dominante il est utile d’apprendre à en utiliser d’autres, et les intelligences ne sont pas fixes mais vont être évolutives au cours de la vie.


Je vous mets quelques exemples d’initiatives concernant les intelligences multiples.


- Les multibrio




- Apprentissage de la lecture avec les alphas



- Il en va de même pour l’évaluation des apprentissages. Dans l’école classiquement les évaluations portent sur les sphères langagières ou logico-mathématiques. Un élève qui n’a pas ces formes d’intelligences va se retrouver défavorisé. Proposer des travaux en équipe, des exposés, des projets va permettre à d’autres de mieux réussir.


- Ensuite pour l’orientation professionnelle : en fonction de l’intelligence prédominante d’une personne, on peut songer à lui proposer une voie ou une autre plus adéquate. Ainsi, une personne à l’intelligence interpersonnelle très développée fera probablement un bon infirmier, médecin généraliste, médiateur ou vendeur. Une personne à l’intelligence naturaliste prédominante sera probablement plus à l’aise dans des métiers tels que vétérinaire, météorologue, explorateur ou biologiste.



La théorie des intelligences multiples offre donc une réflexion sur de nouveaux modes d’apprentissages et même au-delà des apprentissages et de la vie scolaire. Ken Robinson disait « connaitre son profil d’intelligence, c’est savoir combiner talents et passions pour une vie plus harmonieuse et pour trouver sa place ».




Liens utiles :

- http://apprendre-reviser-memoriser.fr/apprendre-avec-les-intelligences-multiples/

- http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2009/04/25/les-tests-defficience-intellectuelle/

- http://www.cll.qc.ca/Publications/Intelligences%20multiples.pdf

- Interview d’Howard Gardner : https://youtu.be/VXEe3QoYON8

- Gardner, Howard. Les intelligences multiples. Pour changer l’école :la prise en compte des différentes formes d’intelligence. Paris, Retz, 1996. 236 p.

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